La théorie polyvagale, développée par le Docteur Stephen PORGES nous invite à comprendre les fondements neurophysiologiques de nos émotions, de l’attachement, de la communication et de son autorégulation. Bref, comment notre corps s’adapte à notre environnement au travers de notre système nerveux autonome. Il s’agit d’une longue évolution interne de notre fonctionnement, liée à notre survie et notre adaptation à notre environnement physique et social.
Notre système nerveux autonome comme son nom l’indique gouverne en autonomie nos fonctions vitales : rythme cardiaque, respiratoire, digestif, température corporelle mais de façon tout aussi pragmatique, nos réflexes de survie. Notre SNA alterne en fonction des situations vécues ou imaginées, différentes stratégies d’adaptation. Il peut tantôt nous immobiliser, ou nous préparer à la fuite ou au combat. En revanche lorsque notre sécurité est activée ou ressentie, il nous permet d’accéder à une connexion sociale sereine.

Évolution de notre espèce humaine à travers la phylogenèse
1 : Le système vagal dorsal
Il y a plus de cinq cent millions d’années, apparaissaient les premiers animaux sur notre Terre. Créatures aquatiques, reptiles, lézards, tortues primitives possédaient un système nerveux rudimentaire. Un système Vagal Dorsal agissant comme un frein radical reposant sur une stratégie de survie immédiate. En mode passive, il crée le figement, la sidération, ou encore le repli sur soi face au danger.
Lors de la détection d’une menace, notre bio-physiologie se modifie provoquant le ralentissement cardio-vasculaire, et de l’ensemble du métabolisme. Le corps se met en économie d’énergie provoquant l’immobilité.
Ce mécanisme est très similaire à celui des reptiles existants encore de nos jours :
La tortue qui rentre dans sa carapace si elle se sent menacée, ou encore le serpent qui feint la mort attendant que le danger passe.
2 : Le système vagal sympathique
Il y a quatre cent millions d’années, apparaissent les premiers vertébrés terrestres, puis les premiers mammifères (mammouths laineux) ou les félins préhistoriques (smilodons). Leur système nerveux développe la branche appelée système nerveux sympathique (ou orthosympathique). Dès qu’un danger est apparent, ce système est sollicité provoquant le combat ou la fuite. La biologie libère alors du cortisol, de l’adrénaline ou encore de la noradrénaline. L’ensemble des fonctions cardio-respiratoires s’accélère, le corps se met en chauffe pour se préparer à fuir face au danger ou à combattre l’adversaire. Toute l’énergie est ainsi mobilisée autour des organes indispensables pour assurer la survie, tandis que les fonctions digestives se mettent au repos durant ce temps.

3 : De l’homo Habilis à l’homo Sapiens, le système vagal parasympatique, ou vagal ventral.
C’est dans cette phase de la phylogénèse que les êtres humains vont commencer à utiliser le lien à l’autre pour survivre. En lien avec l’apparition du feu, les homo erectus se rassemblent autour des flammes pour échanger, communiquer à leur façon. Ces rassemblements autour du feu, permettent de se sécuriser les uns les autres.
On appartient à une tribu, les premiers signes de reconnaissance et d’appartenance se mettent en place pour assurer la survie de toute la tribu. C’est durant cette période que se développe le besoin biologique d’appartenance et de lien social.
C’est ainsi que la troisième branche de notre système nerveux autonome se développe sur des fondements biologiques de survie, d’attachement et de lien social. Tailler les pierres et les outils n’est pas suffisant, l’homme reste un être vulnérable face aux animaux préhistoriques. Il lui faut donc se rassembler, partager sa nourriture, veiller les uns sur les autres et former un groupe de défense. L’appartenance devient synonyme de garantie de sécurité, tandis que l’isolement un risque pour sa survie.
La neuroception :
Ce système vagal ventral agit comme un indicateur inconscient interne. Il permet de percevoir les intentions d’un regard, de décoder ou non la sécurité à travers un ton de voix, ou de nous apaiser en présence d’un tiers.
C’est ce que le docteur PORGES appelle la « Neuroception ». Il a contracté les termes de neurophysiologie et perception pour expliquer que ce mécanisme est inné et inconscient. Il nous permet de scanner notre environnement afin de préserver notre sécurité, tel un radar interne au service de notre sécurité. Son estimation est que 80 à 90 % des informations de danger viennent du corps lui-même avant même que le cortex préfrontal ait pu conceptualiser l’idée de ce danger.

De l’homo-sapiens, à l’homme moderne du 21ème : nous restons des animaux sociaux.
Le lien social devient un réflexe de préservation des espèces comme le font les mammifères dont nous faisons partie. Depuis des millions d’années, les homo sapiens qui ont survécu ont été ceux qui ont su coopérer, et s’entraider, en étant connectés aux autres. Certes il s’agit d’un réflexe archaïque et biologique, cependant le besoin d’appartenance est inscrit dans notre système nerveux autonome via le système vagal ventral ou parasympathique. L’appartenance à un groupe permet la protection, le partage des denrées mais également la reproduction. L’exclusion du groupe signifie à court terme une menace mortelle.
De nos jours, ce besoin se traduit plutôt par un besoin de reconnaissance à travers les diplômes, les récompenses professionnelles, le salaire ou les « likes » tant recherchés sur les réseaux sociaux. Ils sont même devenus de puissants indicateurs de valeur sociale au sein du groupe, communauté ou de la société.
Cette reconnaissance a pour effet d’apaiser notre système nerveux en activant le système vagal ventral. A l’inverse, un départ en retraite, ou une période de chômage, ou encore maladie font perdre cette reconnaissance et réactive le système nerveux sympathique. La personne plus isolée socialement entre en hypervigilance ou développe de l’anxiété. Si la situation dure trop longtemps, la personne se sentant en retrait peut même inconsciemment activer le vagal dorsal la précipitant vers une dépression potentielle.
Aujourd’hui nous pouvons grâce à l’évolution de l’imagerie cérébrale ( IRM) constater que lors d’exclusion sociale, ce sont les mêmes zones que celles de la douleur physique qui sont activées dans notre cerveau.
TPV : théorie polyvagale,
Grâce aux recherches de Stephen PORGES et de sa théorie polyvagale, nous savons qu’il est possible d’agir sur notre système nerveux autonome.
Que nous avons la possibilité de réguler nos trois états adaptatifs.
1 : En tonifiant notre vagal dorsal, pour sortir du figement, retrait ou dissociation.
2 : En calmant notre système vagal sympathique afin d’être moins dans la fuite ou le combat.
3 : En stimulant plus fréquemment notre système vagal ventral pour renforcer notre sens de l’engagement social.
4 : En rééduquant notre « neuroception » afin de retrouver une perception plus juste du monde qui nous entoure.
5 : En gagnant de la flexibilité vagale, développer notre capacité de passer rapidement d’un état à un autre pour mieux s’adapter à notre environnement.
6 : En augmentant notre fenêtre ou seuil de tolérance afin de se réconcilier avec notre environnement physique et social.
7 : En se reconnectant aux autres à travers l’engagement social et en développant notre capacité d’Attachement.
Enfin en redevenant acteur de notre sécurité dans la relation aux autres, nous pouvons assurer notre survie… et nous maintenir en bonne santé.
Santé et Homéostasie
Ce que l’on nomme la Santé est un savant équilibre entre
- notre système nerveux autonome
- notre système immunitaire
- notre système endocrinien (hormonal)
Ces trois systèmes forment un super trio indissociable au service de notre homéostasie.
Ils fonctionnent en auto-régulation, chacun influence l’autre et s’ajuste à la réponse des deux autres.
L’homéostasie est la capacité de notre corps à réguler constamment nos systèmes vitaux, nos fonctions cardio-vasculaires et digestives, ainsi que notre température corporelle afin de nous adapter aux défis de la vie, et nous maintenir en harmonie dans notre environnement.
Système nerveux et traumatismes
Un système nerveux sain est capable de naviguer avec souplesse entre ses 3 états physiologiques différents :
- le vagal ventral garant de la régulation émotionnelle, de la connexion sociale et de bien-être interne.
- Le vagal sympathique ou orthosympathique qui prépare notre corps à l’action en cas de danger, à la fuite ou au combat.
- Le vagal dorsal qui plonge l’organisme en état de figement, d’immobilisation voir d’ effondrement (malaise vagal).
En cas de traumatisme(s) répétés, d’environnement et ou d’attachement insécure durant l’enfance, le système nerveux perd sa flexibilité, créant une insécurité chronique pour l’organisme.
La Neuroception se détériore, elle se dérègle et finit par identifier des dangers là où il n’y en a pas. Le SNA répond alors de manière désordonnée. Il enclenche anormalement le mode « sympathique »de fuite ou de combat, ou oscille dans un figement permanent. Ces états d’alerte deviennent chroniques et chronophages pour l’organisme entrainant :
Soit une suractivation du système sympathique ou alerte chronique :
- Des risques cardiovasculaires, l’axe de stress Hypothalamo-hypophysaire étant en surchauffe permanente, elle entraine une hausse de la tension artérielle.
- Au niveau biologique, le taux de cortisol, d’adrénaline et de noradrénaline demeurent à des niveaux élevés, ce qui entraine une « usure » prématurée du cœur, des vaisseaux sanguins et du cerveau.
- Cet état d’alerte chronique provoque une inflammation de bas grade et favorise l’émergence de maladies chroniques (diabète, obésité, ou de maladies auto-immunes).
- Le système immunitaire finit par s’épuiser, l’organisme devient plus vulnérable face aux infections et cancers.
- Les pathologies cliniques les plus fréquentes de cette dysrégulation du SNA sont l’anxiété généralisée, les troubles du sommeil et troubles digestifs, dont le syndrome de l’intestin irritable, les douleurs chroniques, l’hyperacousie.
Soit le mode vagal dorsal se chronicise, en mode « veille » pathologique :
- Le système nerveux bascule dans une hypo-activation dorsale, le métabolisme s’effondre.
- Fatigue chronique extrême, manque d’énergie, troubles dépressifs et isolement, retrait social.
- Troubles cardiovasculaires en mode hypotension.
- Troubles de la sphère digestive et du transit.
- Au niveau psychologique, la personne vit en mode « dissociation » émotionnelle et ou de déconnexion corporelle.
- Les pathologies cliniques sont les dépressions majeures, syndromes de fibromyalgie ou états dissociatifs.
Un système nerveux dysrégulé dans le temps déstabilise progressivement l’homéostasie, entrainant toute une cascade de troubles physiques et psychiques :
Exemples : l’hypertension ou l’infarctus, les ulcères, les dérèglements métaboliques tel que le diabète de type 2, l’obésité. Sans oublier tous les troubles psychiatriques : anxiété généralisée, burnout, dépression et les maladies auto-immunes (lupus, polyarthrite rhumatoïde, hyperthyroïdie de basedow).

Reprendre le contrôle de notre système nerveux : c’est possible !
Notre SNA est heureusement malléable.
Grâce aux différentes recherches, en théorie polyvagale du Docteur Stephen PORGES, en sophrologie par le professeur Alfonso Caycédo, nous savons aujourd’hui qu’il est possible de reprendre la main sur son fonctionnement.
La régulation du SNA est un incourtournable de toutes les pratiques pyscho-corporelles.
Pour trouver la résilience après un traumatisme il est important de rééduquer notre Neuroception, ou Intuition, ce qui augmentera notre Flexibilité vagale, notre capacité à passer d’un état à un autre de façon sereine et non subie : elle augmentera notre fenêtre ou seuil de tolérance et favorisera le retour à notre engagement social, notre capacité d’attachement, et à aller en sécurité dans la relation nécessaire à notre survie.
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